Le séchage en grange n’est pas une nouveauté : les premières installations à ventilation forcée datent des années 1960. Ce qui a changé, c’est la source de chaleur. Là où l’on réchauffait l’air au propane ou en récupérant la chaleur sous une tôle nue, une toiture en panneaux solaires hybrides produit aujourd’hui simultanément l’air chaud du séchage et l’électricité qui alimente le ventilateur.
La fiche AGRI-EQ-110, publiée parmi les opérations standardisées du ministère de la Transition écologique, finançait cette configuration à hauteur de 42 700 à 55 700 kWh cumac par kilowatt thermique installé sur un système complet neuf, selon la zone climatique. Sur une installation de 60 kW thermiques, la prime atteignait couramment 15 000 à 20 000 €.
Attention
AGRI-EQ-110 est abrogée depuis le 24 septembre 2026. Un séchoir à foin dont le devis est signé à partir de cette date ne donne plus droit à aucune prime CEE. S’il a été engagé avant, le dossier doit être déposé au plus tard le 2 octobre 2026. Les barèmes et le cas chiffré ci-dessous sont ceux de la fiche abrogée : ils servent à vérifier un dossier en cours, et à mesurer ce qu’un projet nouveau doit désormais financer autrement.
À savoir
Pour un dossier engagé avant l’abrogation, le barème s’applique à la puissance thermique installée, mesurée selon la norme ISO 9806 — pas à la puissance crête du champ photovoltaïque, ni à la surface de capteurs. Sur un panneau hybride répondant au seuil réglementaire de 500 W/m², la part thermique représente environ 0,35 kW par mètre carré, contre 0,15 kWc pour la part électrique.
Pourquoi sécher plutôt que faner
Le coût invisible du fanage
Le séchage au champ ne coûte rien en énergie. Il coûte en revanche en valeur alimentaire, et cette perte ne figure sur aucune facture.
Les feuilles de luzerne et de trèfle concentrent l’essentiel des protéines de la plante : de 22 à 28 % de matière azotée totale, contre 8 à 12 % pour les tiges. Ce sont aussi les organes qui sèchent en premier, deviennent cassants, et se détachent au premier andainage. Sur une luzerne fanée à plat puis retournée trois fois, la perte de feuilles atteint couramment 20 à 35 % de la matière sèche foliaire.
Reprendre le fourrage à 40-45 % d’humidité, alors que les feuilles sont encore souples, puis terminer le séchage à l’abri, supprime l’essentiel de cette perte. Les exploitations laitières qui franchissent le pas mesurent en général :
- un gain de 15 à 20 % de matière azotée totale dans le fourrage récolté ;
- une réduction de l’achat de correcteur azoté de 50 à 75 % ;
- une valeur énergétique supérieure de 0,05 à 0,10 UFL par kilo de matière sèche.
La sécurité de récolte
Le second gain est moins quantifiable mais tout aussi décisif : la fenêtre météo. Un foin fané doit rester trois à cinq jours au sol. Un foin destiné au séchage en grange y reste vingt-quatre à quarante-huit heures. Sur un printemps humide, cet écart fait la différence entre une première coupe rentrée et une première coupe perdue.
Ce que la fiche AGRI-EQ-110 finançait
Les deux opérations reconnues
Jusqu’au 24 septembre 2026, le texte distinguait deux configurations, aux barèmes très éloignés. Ces conditions restent celles que doit remplir un dossier engagé avant cette date.
Le système complet neuf comprend quatre éléments obligatoires : les panneaux solaires hybrides, un ou plusieurs ventilateurs, une chambre d’aspiration où sont implantés ces ventilateurs, et une chambre de compression — le couloir de ventilation qui répartit le flux sous la masse. L’insufflation se fait à basse température, 25 à 40 °C. C’est la configuration la mieux financée.
La toiture solaire couplée consiste à poser des panneaux hybrides au-dessus d’une installation d’insufflation déjà existante, en régime haute température de 60 à 80 °C. La fiche ne finance alors que l’apport solaire ajouté, et le barème tombe à 12 200 à 17 400 kWh cumac par kW.
| Configuration | H1 | H2 | H3 |
|---|---|---|---|
| Système complet neuf | 42 700 | 48 500 | 55 700 |
| Toiture couplée à l’existant | 12 200 | 13 900 | 17 400 |
En kWh cumac par kW thermique installé, produits et co-produits agricoles.
L’écart atteint un facteur 3,5 à 3,2 selon la zone. Sur un séchoir dont l’aéraulique arrive en fin de vie, la question mérite d’être posée franchement : refaire l’ensemble pour relever du barème « système complet neuf » rapporte souvent davantage que ce qu’économise la conservation d’un ventilateur fatigué.
Le seuil de 500 W/m²
C’est le critère qui écarte le plus de projets. La productivité des capteurs doit atteindre 500 W par mètre carré de surface d’entrée, calculée en additionnant la puissance électrique mesurée selon IEC 61215 et la puissance thermique mesurée selon ISO 9806.
Un module photovoltaïque standard plafonne autour de 200 W/m² en puissance électrique seule. Même posé au-dessus d’un séchoir, il ne remplit pas la condition : il faut un panneau hybride, doté d’un échangeur de chaleur appliqué sur sa face arrière, qui transmet l’énergie thermique au flux d’air circulant en sous-face.
Le bâtiment fermé
La fiche exige que le bâtiment utilisé pour le séchage soit fermé. Beaucoup de hangars agricoles sont ouverts sur un long pan — configuration commode pour la manutention, rédhibitoire ici. Fermer le bâtiment devient alors un préalable au projet, à intégrer dans le chiffrage.
Dimensionner un séchoir à foin
Surface de capteurs
En ordre de grandeur, compter 0,5 à 0,8 m² de capteur hybride par mètre cube de fourrage en vrac. Une cellule de 200 m³ demande ainsi 100 à 160 m² de rampant correctement orienté et non ombragé.
Le sud reste optimal, mais un rampant sud-est ou sud-ouest reste exploitable : la production thermique baisse de 8 à 15 % seulement, et le décalage horaire du pic peut même mieux coïncider avec les heures de ventilation utiles.
Débit de ventilation
C’est le paramètre le plus souvent sous-estimé. Compter 350 à 600 m³/h par mètre cube de produit pour du foin, avec le débit le plus élevé en début de cycle, quand l’humidité est maximale.
Un ventilateur sous-dimensionné produit un défaut caractéristique : la couche basse sèche correctement, le cœur de la masse fermente, et l’exploitant découvre le problème au moment de la reprise. Un ventilateur surdimensionné, à l’inverse, consomme sans gain proportionnel — le facteur limitant devient alors le pouvoir évaporatoire de l’air, pas son débit.
Épaisseur de chargement
Deux à trois mètres pour du foin en vrac. Au-delà, la perte de charge croît plus vite que le gain de capacité, et le séchage devient hétérogène. Un chargement par couches successives — une couche par jour de récolte — donne de meilleurs résultats qu’un remplissage en une fois.
Régulation
La ventilation doit s’arrêter dès que l’air insufflé cesse d’être asséchant. Une régulation comparant l’hygrométrie de l’air entrant et de l’air sortant remplit cette fonction. Sans elle, la ventilation nocturne insuffle un air souvent saturé, qui réhumidifie la masse tout en consommant de l’électricité.
Cas chiffré : élevage laitier de 90 vaches, zone H1 (engagé avant l’abrogation)
Situation initiale : fanage au champ, pertes de feuilles importantes sur la luzerne, achat de 14 tonnes de correcteur azoté par an, deux premières coupes dégradées par la pluie sur les cinq dernières campagnes.
Installation :
- 175 m² de toiture hybride, soit 60 kW thermiques et environ 26 kWc électriques
- ventilateur de 15 kW, chambre d’aspiration maçonnée, plancher ventilé sur caillebotis
- deux cellules de 200 m³, chargement par couches
- régulation par sondes d’hygrométrie entrée et sortie de masse
Financement :
- Investissement : 95 000 € HT
- Prime CEE AGRI-EQ-110 : − 15 400 € (42 700 kWh cumac/kW × 60 kW = 2 562 000 kWh cumac, valorisés à 0,006 €/kWh cumac)
- PCAE à 30 % : − 28 500 €
- Reste à charge : 51 100 € HT
Résultats après deux campagnes :
- reprise à 45 % d’humidité, séchage terminé en cinq jours
- achat de correcteur azoté ramené de 14 à 3 tonnes par an, soit 9 800 € économisés
- production électrique de 26 kWc autoconsommée, couvrant la ventilation
- retour sur investissement : 5,2 ans sur le reste à charge
À savoir
Engagé après le 24 septembre 2026, le même projet perdrait les 15 400 € de prime CEE : avec le seul PCAE, le reste à charge monterait à 66 500 € et le retour sur investissement à un peu moins de sept ans. Sur un séchoir à foin, la prime ne faisait pas la rentabilité à elle seule — c’est la qualité du fourrage qui la porte.
Applications au-delà du fourrage
Céréales et semences fermières. Le solaire remplace le brûleur propane du séchoir, en général intégralement sur les petites et moyennes capacités. Le régime basse température préserve le pouvoir germinatif, ce qu’un séchoir à air chaud impose de surveiller de près.
Plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Les principes actifs et les huiles essentielles se dégradent au-delà de 40 °C. Le régime de la fiche — 25 à 40 °C en système complet neuf — correspond exactement à cette contrainte, et en fait la technologie de référence sur ces productions à forte valeur ajoutée.
Chanvre et co-produits de récolte. Paille de chanvre, chènevotte, menues pailles, pulpes de betterave. Ces produits ne justifient pas un séchoir au propane, mais deviennent valorisables dès lors que le séchage ne coûte plus que la ventilation.
Points de vigilance avant de s’engager
La charpente
Un panneau hybride pèse 20 à 28 kg par mètre carré, contre 6 à 10 pour un bac acier nu. Sur un bâtiment des années 1980, la reprise de charpente représente couramment 10 à 20 % du budget. Cette vérification se mène en premier : elle peut déplacer le projet vers un autre bâtiment de l’exploitation.
La chronologie du financement
La prime CEE n’est plus accessible qu’aux séchoirs engagés avant le 24 septembre 2026, dont le dossier doit être déposé au plus tard le 2 octobre. Pour un projet nouveau, le PCAE devient le premier levier : il suit sa propre temporalité, généralement par appel à projets annuel, qu’il vaut mieux anticiper pour ne pas laisser passer une campagne.
La mutualisation des usages
Un séchoir à foin tourne de mai à septembre. Le même équipement peut sécher des céréales en juillet-août, puis des co-produits à l’automne. Sans prime CEE, cette mutualisation pèse d’autant plus : elle étale l’utilisation sur l’année et raccourcit le retour sur investissement.
La fiche AGRI-EQ-110 est abrogée
Le recensement des dossiers engagés avant le 24 septembre 2026 est clos depuis le 2 octobre 2026 : plus aucun séchoir en grange ne peut être financé au titre de cette fiche. Si elle est un jour rétablie ou remplacée, inscrivez-vous sur liste d’attente pour être recontacté.